couverture
Se battre, disent-elles...
Un livre de la collection Le genre du monde.
Parution : 09/03/2012
ISBN : 9782843032189
Format papier : 360 pages (140 x 225 mm)
22.00 €

Commander

Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 

Rendre visibles les résistances et les révoltes là où elles pourraient passer inaperçues, plaider pour la nécessité sans cesse renouvelée de débusquer les blocages qui empêchent l’émergence de collectifs, et mettre en valeur les expériences qui bousculent l’ordre imposé des choses, tel est l’objectif de cet ouvrage.
Se battre, disent-elles… est un recueil raisonné des principaux textes de Danièle Kergoat, militante et pionnière des études féministes, ainsi que de la sociologie du travail et du genre. Il donne à voir, dans ses moments essentiels, la construction d’analyses et de concepts qui font aujourd’hui référence pour les chercheurs et pour les militants : et notamment la division sexuelle du travail, les rapports sociaux de sexe, ainsi que leur intrication avec les rapports sociaux de classe et de « race ». En s’appuyant sur ses recherches, notamment sur les ouvrières et sur l’émergence de collectifs de lutte féminins, l’auteur déconstruit les rapports de domination pour mieux éclairer et accompagner la dynamique d’émancipation et l’augmentation de la puissance d’agir des femmes dans notre société.

Dossier de presse
Michelle ZANCARINI-FOURNEL
Clio, no 38, 2013
Sous ce titre un peu énigmatique, se cache une somme : les oeuvres principales qui jalonnent le parcours d’une sociologue qui a porté le concept de rapports sociaux de sexe. Elles sont précédées d’une importante introduction de Danièle Kergoat qui retrace, avec modestie, force et lucidité, son expérience assumée de sociologue engagée, en tissant un fil rouge entre son enfance, sa socialisation politique, son exposition aux événements et sa production intellectuelle. Elle a su tout en maintenant ses convictions sur le point de vue du travail et des rapports sociaux de sexe, forgés par l’entrecroisement du sexe et de la classe, approfondir, modifier, intégrer de nouvelles perspectives – de race par exemple – ou se confronter à des comparaisons internationales. C’est donc un itinéraire intellectuel, individuel et collectif, parcouru en compagnie d’autres sociologues féministes qui nous est donné à arpenter, constamment confronté à des études de cas – des « monographies » écrit-elle – qui assurent le souci de conceptualisation et de théorisation.

Les textes principaux de Danièle Kergoat sont rassemblés en trois parties dont on ne saisit pas toujours les frontières, peut-être parce que la sociologue a voulu « pointer les verrous de la domination simultanément aux résistances et aux contournements » (p. 30). La première partie intitulée Penser les dominations s’ouvre sur l’analyse célèbre « Ouvriers = ouvrières ? » (1978) qui a marqué une génération d’historiennes et de sociologues du travail. La deuxième partie, Penser le travail, affirme avec force que « le travail a deux sexes » et analyse la division sexuelle du travail. La troisième partie, Penser l’émancipation, est centrée essentiellement sur le passage du « groupe (collection d’individus… des ouvrières, des femmes) » au « collectif (système à forte capacité d’action) » avec l’étude de cas de la coordination des infirmières. Le livre se conclut par une bibliographie raisonnée des ouvrages, numéros de revues et rapports de recherche écrits et coordonnés par Danièle Kergoat.

Il ne sera pas possible d’aborder dans ce compte rendu tous les articles contenus dans le volume, mais on peut pointer ce qui à la lecture étonne, questionne, surprend. Un exemple entre autres : dans le premier texte présenté dans ce volume « Ouvriers = ouvrières ? » (p. 33-62), je n’avais pas retenu de ma première lecture en 1978, l’attention portée à la virilité, appelée aussi « masculinité sociale », avec l’hypothèse avancée à la fin de l’article (p. 60-61) que la défense de la virilité représente pour les ouvriers un frein à certaines revendications (par exemple contre la pénibilité du travail), piste qui – sauf erreur de ma part – n’a pas été poursuivie par l’auteure. On doit sans doute cette interprétation précoce de la masculinité ouvrière à l’intuition de la sociologue et à la finesse de ses observations de terrain. On peut du coup regretter que certaines de ses analyses de terrain – bien répertoriées à la fin de l’ouvrage – ne figurent pas dans le livre.

Mais la remarque essentielle porte sur l’usage de la chronologie que ce soit dans la présentation des articles ou dans leur contenu. Dans le chapitre II publié en 1981, « Plaidoyer pour une sociologie des rapports sociaux. De l’analyse critique des catégories dominantes à la mise en place d’une nouvelle conceptualisation », il est par exemple fait explicitement référence à la revendication des ouvrières au « droit à l’emploi » (p. 82), mais cette revendication est rapportée à leur volonté d’échapper au modèle de la mèreépouse (ce qui est sans doute l’une des explications) et non, à cette date, à la situation économique et sociale et à la croissance du chômage de masse du fait des restructurations industrielles. Cette remarque rejoint une impression générale qui ressort de la lecture de ce volume : en trois ou quatre décennies, rien n’a changé (ou peu), c’est même théorisé dans le proverbe explicitement cité « tout change, rien ne change » (p. 126), quels que soient les pouvoirs politiques, l’organisation du travail, le marché du travail, la politique menée par les syndicats. Écrites lors de la confection du livre, les introductions aux différentes parties peuvent par ailleurs orienter la lecture des articles bien audelà du sens premier lors de leur publication. Ainsi, on trouve parfois de la part de Danièle Kergoat des reconstructions a posteriori qui dessinent une interprétation quelque peu téléologique de sa production scientifique, lorsqu’elle affirme avoir pensé depuis le début de ses recherches l’hétérogénéité du groupe des femmes ou de la classe ouvrière (p. 10 et p. 19), les rapports de race (p. 319), la consubstantialité et la co-extensivité (p. 100 et p. 125), l’ensemble des rapports sociaux et non seulement les rapports sociaux de sexe face à la diversité des pratiques sociales des individus (p. 99). Enfin dernière remarque, on ne comprend pas bien la volonté de ne pas se confronter réellement au concept de genre (note 10 p. 115), de considérer que l’utilisation de rapports sociaux de sexe serait le propre des Françaises et celle de gender des Américaines, et du coup de négliger les productions des sociologues françaises qui utilisent le genre (Christine Delphy ou Margaret Maruani par exemple).

Malgré ces remarques, ce volume est extrêmement précieux : il nous livre une pensée sociologique en acte et en perpétuel mouvement pendant une quarantaine d’années. Pour les étudiant-e-s – et même leurs professeur-e-s – ce sera un outil très utile par l’accès donné à des textes anciens et publiés dans des revues parfois difficilement accessibles, et surtout – en particulier le texte en partie autobiographique intitulé « Une sociologie à la croisée de trois mouvements sociaux » – utile pour une réflexion approfondie sur l’histoire et l’épistémologie des sciences sociales.

Michelle ZANCARINI-FOURNEL
Université de Lyon I / UMR LARHRA
Michelle ZANCARINI-FOURNEL
Clio, no 38, 2013
Réalisation : William Dodé