Dans la collection « Changer la politique »

 
couverture
Stathis Kouvélakis
La Grèce, Syriza et l’Europe néolibérale
Entretiens avec Alexis Cukier

Parution : 15/10/2015

ISBN : 9782843032622

Format papier
216 pages (125*201) 18.00 €
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Ces entretiens racontent une histoire décisive pour l’avenir de l’Europe : elle commence avec la victoire de Syriza aux élections législatives grecques le 25 janvier 2015, passe par la victoire du non au référendum du 5 juillet et se clôt avec la signature du troisième mémorandum et la défaite du gouvernement d’Alexis Tsipras face aux diktats de l’Union européenne et de la « troïka ».

Stathis Kouvélakis, membre du comité central de Syriza jusqu’à sa démission cet été, permet de saisir ces événements de l’intérieur et propose une analyse serrée de leurs enjeux politiques. Comment s’est construite la victoire de Syriza, et comment expliquer son échec ? Quels intérêts servent l’Union européenne, la « troïka », l’euro ? Qu’est-ce qui s’est joué durant ces mois de négociations entre le gouvernement grec et les institutions européennes ? Pourquoi le non au référendum du 5 juillet a-t-il été annulé en moins d’une semaine ? Quelle stratégie alternative aurait pu être mise en œuvre ? Quelle politique de gauche, réaliste et internationaliste, pourrait sortir les peuples européens de la cage d’acier de l’Europe néolibérale et de l’austérité ?

La Grèce, Syriza et l’Europe néolibérale suit au plus près les événements, espoirs, déceptions et rebondissements des premiers mois du gouvernement Syriza, et aborde les problèmes et défis auxquels la gauche radicale et toutes les forces sociales et politiques progressistes sont aujourd’hui confrontées.

Stathis Kouvélakis a été membre du Comité central de Syriza, jusqu’à sa démission l’été 2015. Il est philosophe, professeur de théorie politique au King’s ollege de Londres. Il est l’auteur, notamment, de Philosophie et Révolution de Kant à Marx (PUF, 2003), La France en révolte : luttes sociales et cycles politiques (Textuel, 2007) et Y a-t-il une vie après le capitalisme ? (Le Temps des cerises, 2008). Il a publié de très nombreux articles et intervient régulièrement dans les médias et divers espaces politiques français au sujet de Syriza et de la situation sociale et politique en Grèce et en France.

Avant-propos

Les premiers mois du gouvernement conduit par Syriza ont constitué une séquence politique d’une importance cruciale pour l’avenir de la Grèce et des autres peuples européens.

Ces trois entretiens en suivent le déroulement, depuis la victoire de Syriza lors des élections du 25 janvier 2015 jusqu’à l’accord du 13 juillet et à ses conséquences politiques immédiates. Ils sont à la fois une chronique des
événements politiques, une analyse concrète d’une situation concrète et une prise de position dans les débats en cours dans la gauche radicale grecque et européenne, et désormais au-delà.

Nous connaissons à présent le résultat de cette séquence : après avoir suscité un espoir sans précédent parmi le peuple grec et l’amorce d’une campagne internationale de soutien à ses positions dans la «négociation»
avec l’Eurogroupe et la « troïka », le gouvernement d’Alexis Tsipras a échoué à amorcer la mise en œuvre d’une politique alternative à l’austérité et au néolibéralisme. Il a capitulé devant la stratégie de diktat politique et d’asphyxie économique des institutions européennes en
acceptant un troisième mémorandum dont les conséquences économiques et politiques seront au moins aussi désastreuses que ceux de 2010 et 2012. C’est une catastrophe pour la Grèce et pour l’ensemble des forces sociales et politiques européennes progressistes qui
s’étaient engagées aux côtés du gouvernement grec dans la lutte contre l’Europe néolibérale.

Cet ouvrage raconte cette histoire et propose de contribuer à l’analyse des causes de cette défaite, afin qu’une telle débâcle politique ne puisse plus se répéter, et que la poursuite de la destruction économique et politique de la Grèce par un gouvernement issu de la gauche radicale
puisse servir de leçon de réalisme pour l’avenir.

Nous avons commencé ces entretiens en janvier 2015, juste après la victoire historique du 25 janvier. Nous prévoyions que la bataille qui devait être menée – par le gouvernement grec mais aussi dans la société grecque et le parti Syriza – contre des institutions européennes décidées à écraser aussi rapidement que possible la résistance grecque ne pourrait être que rude, rapide, intense. Nous savions que les circonstances sociales et politiques qui ont conduit pour la première fois un parti de la gauche radicale à la tête d’un gouvernement d’un pays européen ne pouvaient conduire qu’à un scénario inédit. Mais, bien entendu, nous ne connaissions pas l’issue de cette première séquence – dont nous pouvions cependant prévoir, pour plusieurs raisons qu’on comprendra en lisant cet ouvrage, qu’elle ne pourrait durer plus de six mois : amorce d’une rupture politique avec l’austérité en Grèce et en Europe ou capitulation devant le rouleau compresseur de l’Europe néolibérale ?

Les questions, réponses et analyses qu’on lira au cours de ces entretiens s’appuient sur nos expériences et engagements politiques respectifs, entre la Grèce et la France : Stathis Kouvélakis au sein du comité central de Syriza et à titre de membre de la Plate-forme de gauche ; moi-même au sein du collectif unitaire Avec les Grecs, en collaboration avec Syriza et avec les mouvements sociaux européens réunis autour du soutien au peuple grec. Il ne s’agissait donc pas pour nous de proposer un joli dialogue mettant en scène quelques doctes commentaires – depuis une confortable position de « spectateurs impartiaux » – sur le déroulement plus ou moins inéluctable de la « tragédie grecque » ; comme trop souvent
malheureusement les intellectuels engagés se sont plu à le faire ces derniers temps. En fait, nous craignions d’autant moins avec ces entretiens « donner des leçons aux Grecs » (recommandation n’ayant le plus souvent pour autre fonction que d’empêcher de poser des questions
et d’éviter de regarder les difficultés en face…) que nous étions pleinement investis dans cette tentative inédite de rompre concrètement avec la doctrine et la pratique politiques d’« il n’y a pas d’alternative » en Europe.

On trouvera ainsi dans cet ouvrage des réponses à des questions liées à l’actualité politique immédiate et à sa compréhension mais aussi une contribution à la réflexion collective concernant les possibles réels pour la
gauche radicale en Grèce, en France et en Europe. Qu’est-ce que le parti Syriza, comment est-il parvenu à remporter les dernières élections législatives en Grèce, et que s’est-il passé dans la société grecque, dans le parti, dans le gouvernement – et dans leurs rapports – depuis la
victoire du 25 janvier 2015 ? Quel a été le rôle des mobilisations populaires en Grèce ces dernières années, et plus particulièrement ces derniers mois ? Comment analyser le cours des négociations et du bras de fer entre le gouvernement grec, d’une part, et la « troïka » et l’Eurogroupe, d’autre part ? Pourquoi le premier gouvernement de la gauche du XXIe siècle en Europe a-t-il échoué à mettre en œuvre son programme ? Une stratégie alternative aurait-elle été possible ? Qu’est-ce finalement que l’Union européenne, et quelles sont les fonctions économique et politique de l’Union monétaire européenne et de l’euro ? Enfin, comment concevoir ce que pourrait être une politique de gauche, radicale et internationaliste, capable de sortir les peuples européens de la cage de fer de l’Europe néolibérale ?

Cet ouvrage est composé de trois séries d’entretiens réalisés en 2015 : en janvier et février dans le mouvement d’espoir provoqué par la victoire de Syriza aux élections législatives, en mars et avril au cœur du processus de négociations et du bras de fer entre le gouvernement grec et la « troïka », après le tournant de l’accord du 20 février, puis en juin et juillet autour de la formidable victoire du non au référendum suivi de la capitulation du gouvernement d’Alexis Tsipras et de ses conséquences immédiates.

On trouvera en annexe la traduction d’extraits du programme de Thessalonique (sur la base duquel s’est construite la victoire électorale de Syriza) ainsi que les textes des accords entre le gouvernement grec et les
institutions européennes du 20 février et du 13 juillet, et la liste de l’ensemble des textes – interventions publiques, prises de position dans les médias ou entretiens – de Stathis Kouvélakis ces trois dernières années sur la Grèce, Syriza et l’Europe néolibérale.

Alexis Cukier, Athènes, vendredi 14 août 2015
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net
Graphisme : T–D